Alexandre Maubert
to go towards the light and shine it on our night

du 18 septembre au 31 octobre 2015

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    Studio de tournage N°5 où fut tourné le remake de « harakiri » par Takashi Miike, 2015

    Impression pigmentaire sur Haenemulhe Canvas Metalic, peinture à huile, peinture acrylique, châssis en pin. 80x 100 cm. Unique

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    Vue de l’exposition To go towards the light shine it on our night :: Alexandre Maubert :: Galerie Escougnou -Cetraro

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    De gauche à droite :

    Barricades, Toei Studio Kyoto, 2015
    Impression pigmentaire sur Haenemulhe Canvas Metalic, peinture à huile, peinture acrylique, châssis en pin. 80 x 100 cm. Unique

    Eclairages, Toei Studio Kyoto, 2015
    Impression pigmentaire sur Haenemulhe Canvas Metalic, peinture à huile, peinture acrylique, châssis en pin. 80 x 100 cm. Unique

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    Accident vert, 2014
    Marbre noir, laque verte, bois. 30 x 30 x 27,5 cm. Unique

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    Vue de l’exposition To go towards the light shine it on our night :: Alexandre Maubert :: Galerie Escougnou -Cetraro

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    Accident magenta 5, 2015
    Marbre blanc, laque magenta, bois
    120 x 85 x 5 cm

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    Vue de l’exposition To go towards the light shine it on our night :: Alexandre Maubert :: Galerie Escougnou -Cetraro

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    De gauche à droite:

    Milk, une mise en scène, 2015
    Impression pigmentaire sur Haenemulhe Canvas Metalic, peinture à huile, peinture acrylique, châssis en pin. 100 x 120 cm. Unique

    Accident vert, 2014
    Marbre noir, laque verte, bois. 30 x 30 x 27,5 cm. Unique

Dans la continuité du Temps d’après et de A Singular Community, dernière exposition personnelle présentée à la galerie Mori Yu à Kyoto ce printemps, Alexandre Maubert propose to go towards the light and shine it on our night à la galerie Escougnou-Cetraro. Du Japon, où il continue un voyage commencé il y a trois ans à la Villa Kujoyama, il y interroge, à travers une recherche de formes qui esquissent son nouvel univers esthétique, son ethno-décentrage, son initiation à l’histoire et ses mythes — qui forment l’identité d’une nation. De son immersion émerge cette vertu poétique qui, dans l’impossibilité où il est de dire la vérité, le fait parler en termes sensibles, raconter les aventures de son esprit et partager sa quête: cette exposition s’articule autour de trois temps d’expériences.

Suivant un scénario évoluant au fil de ses rencontres et de ses découvertes, les pièces présentées contribuent à dessiner des configurations nouvelles du visible, du dicible et du pensable, et par là même, un paysage nouveau du possible. Ses œuvres sont des fragments qui invitent, au-delà de l’image, à nous interroger sur l’histoire, et convoquent le pouvoir politique des images.

Du Studio numéro 5, emblématique des Studios Toei spécialisés dans les films « Edo-Jidai »1 où Takashi Miike a tourné le remake de Harakiri2, à Milk, une mise en scène_ où il hybride peinture et photographie en passant par le cinéma, il invoque l’histoire et la manière dont on la transmet — et dont on la contrôle. Il questionne aussi le Japon à travers l’ambivalence bouleversante de Shodenji en nous confrontant à son plafond ensanglanté3, conservé en mémoire de la Dernière Déclaration de Torii Mototada— un des credo du « bushido », la voie du guerrier. Il nous emmène de la forêt de Aokigahara, aussi magnifique qu’inquiétante4, jusqu’au très controversé sanctuaire shinto de Yasukuni5 à Tokyo. En posant le regard sur le monument aux mères6 — dominé par la statue élevée en hommage au modernisateur de l’armée à l’ère Meiji, c’est aussi comment ce lieu écrit, voir réécrit l’histoire qu’il nous invite à contempler. Au festival de Fussa, c’est un hommage à Pasolini et au scintillement des lucioles-qui survivent au Japon malgré tout. À l’heure du « sommet de Paris », du 70ème « anniversaire » de la bombe, et où le Japon s’émeut de la remise en cause de l’article 9 de la Constitution par des manifestations sans précédent ignorées par une partie des médias, ces images évoquent aussi des affiches déchirées par une main qui aurait voulu occulter l’histoire, la mémoire, et l’espoir qui s’y attarde.

Dans une seconde partie marquée par son renouveau esthétique, l’artiste change de rythme dans l’intermède que constituent les norens (symbole de prospérité commerciale autant que marqueur de séparation du dedans et du dehors), et de nouveaux Accidents, ses sculptures irradiantes qui évoquent les fenêtres des maisons traditionnelles japonaises protégeant l’intimité. Car si la nuit semble être l’univers du premier temps de l’exposition, ce sont bien des lueurs d’espoir que dévoilent ces pièces qui évoquent les défis que doit relever le Japon.

Ceux-ci nous amènent au dernier film d’Alexandre Maubert et nous ramènent au titre de l’exposition, emprunté à la définition du cinéma de Jean-Luc Godard7. « Trinity » interroge la mythologie science-fictionnelle de Kyoto. Il y présente, en écho, une fiction-documentaire où il laisse s’exprimer « sa » trinité. Le Seigneur défenseur Mao-son, descendu de Venus il y a 6,5 millions d’année, le Soleil Bishamonten et l’Amour Senju-kannon, qui forment une trinité syncrétique, sont incarnés par une autre sorte d’aliens, des « gaijins » — étrangers en japonais. Il opère ainsi un déplacement qui associe avec humour mystère métaphysique et mystère de l’altérité, et résonne avec la tombe du Christ découverte à Shingo8. Au fil d’images vidéo et picturales, et des paroles des acteurs qui oublient leur personnage pour livrer leur expérience à l’artiste-journaliste, affleurent « des parcelles d’humanité ».

Ainsi film, photographie, peinture, affiches et narration viennent-ils mêler leurs pouvoirs et échanger leur singularité pour esquisser le « Japon pensif » d’Alexandre Maubert qui, plutôt que de « prendre parti », s’efforce de « prendre position » — c’est-à-dire de déplacer le regard et déjouer le pouvoir par de nouvelles formes esthétiques — et cathartiques. Car « l’émancipation commence quand on remet en question l’opposition entre regarder et agir »9- c’est ainsi qu’on peut aller vers la lumière et la répandre sur notre nuit.

Isabelle Olivier

 

 

1 Films historiques et d’époque — de samourais — aux décors reconstitués en studio
2 Classique de Masaki Kobayashi
3 Plancher ainsi conservé en hommage à ceux qui ont fait ici « seppuku »
4 Forêt de 1200 ans, « l’endroit parfait pour se suicider » selon le livre controversé, « Manuel parfait du suicide », de Wataru Tsurumi, 1995
5 Connu pour les criminels de guerre de classe A qui y sont honorés par les chefs de gouvernement japonais successifs depuis quelques années, provoquant l’indignation des pays voisin
6 Qui se sont suicidées suite au décès de leurs maris pendant la guerre
7 Notre musique, 2004
8 On raconte que Jésus de Nazareth, appelé au Japon Daitenku Taro Jurai, aurait laissé son frère Isukiri se faire crucifier par Ponce Pilate et aurait ainsi fini ses jours sur “sa terre promise”, dans le nord du Japon, où il serait décédé à 106 ans.
9 Jacques Rancière, Le Spectateur émancipé, Editions La Fabrique, 2013

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